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Un des nombreux chantiers de Berlin contestés.
Photo creative commons : Sebat85.
Mardi 4 mai, l’hebdomadaire Der Spiegel publiait sur son site une série de six vidéos regroupées sous la question « A qui appartient Berlin? ». Au coeur du débat, les thèmes de la gentrification, les projets immobiliers, les lieux de contre-culture, les initiatives et résistances populaires. En six endroits de la capitale, Der Spiegel propose un aperçu de ses évolutions sociales et politiques. Rapide résumé des six vidéos.
La guerre du « Kiez »
Dans le quartier de Kreuzberg, des manifestations rassemblent régulièrement des centaines de personnes opposées aux projets immobiliers en cours et à l’augmentation consécutive des loyers. Ils dénoncent la gentrification à l’œuvre et refusent de voir leur quartier devenir une zone réservée aux yuppies. Dans une rue du quartier, on assiste à un conflit « gauche contre gauche ».
D’un côté, un immeuble en construction qui sera la propriété d’habitants de type « bobo ». Christian Schöning, l’architecte, ancien « soixante-huitard » et ancien habitant de Kreuzberg se dit mû par des préoccupations sociales en matière de logement. Parmi les futurs habitants, certains relativisent l’impact sur le quartier, jugent que Berlin, comme toutes les villes, évolue…
Face au chantier, les résidents d’une communauté de caravanes, qui se veut démocratique et autogérée, incarnent l’opposition aux projets en cours. Ses membres refusent la propriété privée. Le terrain est occupé depuis 1991, habité par 22 personnes. Ils s’estiment menacés par les chantiers environnants. D’autant que leur accord avec la ville court jusqu’à l’été 2011.
Combat culturel sur les rives du fleuve
En 2008, les opposants au développement de la zone Mediaspree manifestaient contre l’ouverture de l’O2 arena. Sur les rives du fleuve, à partir de la gare de l’est, s’étend une zone longtemps constituée de terrains vagues, de plages, lieux de tolérance, de fêtes improvisées. Depuis une dizaine d’années, les rives ont peu à peu été bétonnées, investies par des entreprises de médias et de communication, comme O2 ou Universal.
Le mouvement de défense du site perdure, et se singularise par des moyens d’actions variés et « festifs ». Mais recourt aussi à des manifestations plus classiques. Certaines avaient rassemblé plusieurs milliers de personnes en 2008, contre l’O2 Arena.
Un de leur ennemi désigné Stefan Sihler, promoteur immobilier, balaye les critiques, vante le potentiel de développement d’activités de loisirs sur les terrains encore vierges, souligne les créations d’emplois, et fustige les opposants, supposément bénéficiaires de Harz IV. Der Spiegel y voit un conflit entre ceux qui habitent la ville et y cherchent des espaces de liberté, et ceux qui gagnent de l’argent grâce à la ville.
Aujourd’hui, les adversaires de Mediaspree abhorrent toujours autant l’O2 Arena, dénoncent l’absence de logements sociaux et entendent protéger les derniers parcelles de nature des rives de la spree.
Prenzlauer Berg : les lofts de luxe en question
Autrefois habité par des couches laborieuses, le quartier de Berlin-Est se transforme en quartier huppé à la mode. Rénovations en lofts luxueux, constructions de résidences, les travaux vont bon train. Les habitants des immeubles rénovés sont parfois contraints de déménager. Les voisins de l’un des chantiers, à leur tour menacés, protestent contre leur éviction programmée et contre les changements induits dans leurs modes de vie.
Les appartements rénovés coûtent plus cher : entre 3000 et 5000 euros le mètre carré. Un an avant la fin des travaux, les trois quarts des appartements sont déjà vendus et vont attirer des habitants plus aisés.
Quand Ludwig Stoffel, investisseur, voit dans ses ensembles « des défis uniques », des lotissements entiers à créer, le sociologue Andrej Holm, qui tient un blog sur la question, comparant la tendance berlinoise aux autres villes européennes, parle de « super-gentrification ». Der Spiegel souligne que la ville n’a imposé aucun quota de logements sociaux.
L’art contre le capital
L’espace artistique Tacheles est à la fois un « aimant » touristique et un lieu de créativité. Il s’est imposé comme symbole de l’effervescence consécutive à la chute du mur. Vingt ans après l’occupation du bâtiment, l’existence de Tacheles est en péril. Le terrain est la propriété de la HSH Nordbank, affaiblie par la crise financière. Le contrat de location passé avec la région-capitale court jusqu’en 2011. Au-delà, personne ne garantit l’avenir de l’endroit.
Les artistes présents craignent de devoir quitter les lieux pour une adresse moins centrale.
Lychener 64
Un documentaire a été consacré aux habitants de l’une des plus anciennes maisons de Prenzlauer Berg, située au 64 Lychener. Jakob Rühle, réalisateur du documentaire, avait lui même habité le bâtiment. Son film retrace le sort des habitants face à la rénovation du bâtiment : confrontés au bruit des travaux, à la poussière envahissante.
L’assainissement de l’immeuble, sa « modernisation », a été synonyme de déménagements pour la plupart des habitants, et d’augmentation des loyers une fois les appartements refaits. Une évolution symptomatique de l’embourgeoisement du quartier de Prenzlauer Berg et des transformations de la capitale.
Les riches se barricadent
Alors que le centre est le lieu de combat entre habitants et promoteurs immobiliers, aux portes de Berlin, à Potsdam, existe l’une des premières gated community de la métropole, Acadia, construite sur le modèle américain. Clôtures, caméras de surveillance et services de sécurité 24 heures sur 24.
De riches citoyens viennent y chercher le calme et se rassurer quant à leur sécurité.
Mathieu Jarry
Le lien vers les six vidéos du Spiegel :
http://www.spiegel.de/flash/0„23199,00.html