| Journal culturel expérimental sur Berlin par les journalistes étudiants de Bordeaux. └ Retour Netvibes ─── Les articles ┐ |

Photo : yasmapaz.
Pentecôte 2009, dans le sud de Berlin. Venus de tout le pays, 250 adolescents partent en colonie de vacances. Les sardines sont dégainées, le feu de camp s’élève, le départ est donné pour trois jours de veillées chamalo-guitaresques. Une colo plutôt classique, sauf que les ados et les monos n’ont emporté aucun vêtement dans leurs valises.
Depuis près d’un demi-siècle, la Landesverband Freikörperkultur Berlin-Brandenburg organise des virées pour jeunes naturistes allemands. Hans-Joachim Müller, le président de cette association membre de la DFK (la fédération nationale de naturisme), n’a qu’un seul credo : aider les ados à profiter de leur courte jeunesse en leur transmettant si possible le goût du naturisme. Du tennis, de la peinture sur T-shirt et pour parachever le tout, un spectacle avec papa et maman dans les gradins. Selon Müller, ces animations permettront aux jeunes de tisser des liens durables. Tous viennent de familles adeptes de cette activité et les encadrants sont pour la plupart des anciens de la maison.
Traditions et dérives
Ici, un tel événement ne surprend personne car Berlin, c’est un peu la Mecque du naturisme. Dès l’arrivée des beaux jours, il n’est pas rare de croiser des Berlinois dans le plus simple appareil au coeur de la verdure de Tiergarten ou près des clapotis de la Spree. Si aucune obscénité n’est relevée, se pavaner nu est parfaitement toléré par la loi. Depuis 1925, les piscines municipales réservent même des plages horaires aux “tout-nus” comme à Wannsee, un lac aux portes de Postdam.

Le lac de Wannsee, la plus grande piscine à ciel ouvert de la capitale allemande.
Photo : Claudius Prösser
Avec ses villas, ses grosses berlines et ses ports de plaisance, le « Deauville berlinois » est le lieu de villégiature par excellence. Les autochtones ne s’en privent pas et s’y ruent dès que la Catherine Laborde de la RBB (Radio Berlin Brandenburg) annonce un temps ensoleillé. Avec un laisser-passer de neuf euros, une plage, des parasols et une baignade surveillée vous sont offerts. Un privilège qui n’échappe pas non plus aux naturistes puisqu’une partie des lieux leur est dédiée. « Bien sûr qu’il y a des naturistes, confirme étonnée la guichetière. Ils sont simplement séparés des autres par un paravent pour que les regards curieux des touristes ne viennent pas les déranger. »
Le regard curieux des touristes, voilà l’un des soucis auquel sont confrontés les naturistes d’aujourd’hui. Mais le principal problème réside dans l’amalgame fait avec la sexualité. En 2005, un complexe voué au naturisme a ouvert ses portes à la périphérie de la ville. Homologué par la DFK et fier de le revendiquer, l’Artemis n’a en réalité pas grand chose à voir avec le naturisme. Si on y laisse ses vêtements à l’entrée, c’est pour mieux profiter de rencontres érotiques avec des filles aussi dénudées qu’aguicheuses. Avec 70 euros et des suppléments tout de même ! De son côté, la fédération clame haut et fort que ses activités n’ont aucun rapport avec la sexualité et que le naturisme ne doit être qu’une « recherche d’osmose avec la nature pour son bien-être ». Une sensation que vont tenter d’éprouver dans quelques jours les jeunes membres de l’association lors de l’édition 2010 de leur colonie. Toutes les places sont déjà prises, mais si vous vouliez que votre progéniture révise la langue de Goethe façon « Adam et Eve », rassurez-vous, un bowling et de l’équitation sont au programme cet été.
Jérémy Marillier