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Une part de la mémoire européenne. Rien que ça. Ce n’est pas seulement un aéroport qui a fermé il y a un an et demi, mais un symbole. Retour sur un élément qui fut capital dans l’histoire de Berlin.

Le célèbre fronton donne sur les pistes. Photo : Olivier Laffargue
Jeudi 30 octobre 2008, à 20h50, un dernier avion quitte la piste mythique. «La mère des aéroports», comme l’appelle l’architecte Norman Foster, ferme ses portes. Trop petit, trop inadapté. Une relique du passé, plus capable d’absorber le trafic moderne. Pourtant, de nombreux Berlinois y sont attachés. Une pétition a même été lancée pour conserver son activité, réduite depuis bien des années. En vain : cette quatre-vingt-cinquième année de service sera bien la dernière.
Depuis sa construction, il est promis à la grandeur. Il est le bâtiment le plus grand du monde à son inauguration en 1923, alors que l’aviation civile est encore balbutiante. Après une extension opérée par le régime nazi, il demeure aujourd’hui le troisième bâtiment le plus grand de la planète. Un arc-de-cercle de plus d’un kilomètre de long. Juste derrière le Pentagone et le palais présidentiel de Bucarest. Solide, massif, démesuré : il illustre l’architecture totalitaire. Plus vieil aéroport commercial, il fut aussi le premier à être relié par le métro.

La base Tempelhof en 1945. Photo : DR
L’arc de cercle de Tempelhof va révolutionner l’architecture aéroportuaire. Une nouvelle manière d’organiser le trafic des pistes est inventée, qui inspirera beaucoup d’architectes. Rationalisé, le terminal distribue les passagers à la porte de leur avion. Cela limite les déplacements des piétons et facilite celui des appareils. Une efficacité qui montrera toute son efficacité 30 ans plus tard.
C’est en 1948 que l’aéroport gagne sa stature légendaire. Avec le blocus décidé par Staline, Berlin Ouest se trouve isolée, ses deux millions d’habitants étouffés, privés de tout ravitaillement. Le fameux pont aérien est mis en place. Tempelhof fait décoller pas moins d’un avion toutes les quatre-vingt-dix secondes. Ce rythme est tenu quinze mois durant ; pétrole, vêtements, charbon, nourriture sont acheminés par les airs. L’aéroport devient alors le symbole de la résistance comme Berlin celui de l’affrontement des deux idéologies.

Durant le pont aérien, en 1948. Photo : US Air Force.
Un référendum a été organisé pour décider de l’avenir du site, 60% des votants s’opposant à sa fermeture. Les autorités n’ont pas tenu compte du résultat, la participation n’atteignant pas le chorum fixé à 25%. La solution pragmatique a été retenue : terminer de reporter le trafic sur les autres aéroports plutôt que tenter de réhabiliter des installations complètement obsolètes. Désaffecté depuis, il accueille le public une fois de temps en temps pour promouvoir le projet de développement en cours : le Tempolhofer Park, à vocation écologique. Fini les effluves de kérosène et les voyageurs affairés, place aux jogguers et aux espèces protégées.

Le hall de l’aéroport en mai 2010. Photo Olivier Laffargue
Olivier Laffargue
À voir aussi :
Sur Berlin Kultur Lab : Un nouveau pont aérien à Tempelhof
Ailleurs sur le web : Maximilian Meisse, photographe qui a travaillé sur l’aéroport, un article du Figaro du jour de la fermeture