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Photo : panorama3000
Norbert Witte se rêvait comme le premier des forains. Il s’est transformé en dealer péruvien. Histoire d’un apprenti gangster au destin hollywoodien.
Norbert Witte, forain de son état. Avec la réunification et son flot de transactions immobilières, son rêve prend vie. Il ouvre son propre parc d’attractions dans le Treptower Park, à l’est de Berlin. Finie la vie de famille itinérante avec ses cinq enfants. Enfin son propre parc, avec ses manèges et ses stands. Plutôt celui de sa femme Pia, car la gestion se fait sous son nom. A lui, la fortune ! A l’image de son grand-père, un artiste auto-proclamé « roi d’Albanie », Norbert Witte a un penchant pour la mégalomanie. Elle les mènera lui et sa famille en enfer.
Après des débuts encourageants, Spreepark plonge. Les visiteurs ne viennent plus. Il faut dire que la mairie lui a imposé la suppression de quelque trois mille places de son parking. Décision fatale.

Photo : Eve Majounie et Sébastien Jaime
En 2001 Norbert Witte fait faillite, laisse une ardoise de quelques millions d’euros et embarque au passage sept de ses manèges, prétextant des réparations. Direction le Pérou, là-bas la vie sera meilleure. Pas de chance, tous les projets de Norbert Witte tombent à l’eau. C’est au compte-gouttes que la douane péruvienne laisse passer les pièces détachées des manèges. Résultat : pas de nouveau parc en face d’un supermarché de Lima, l’emplacement qu’il souhaitait ! Le début de la pauvreté. Sa femme et quatre de ses enfants rentrent en Allemagne. Lui reste dans le pays des Incas avec Marcel, son fils aîné.
Là-bas, ils rencontrent un expatrié berlinois reconverti dans le commerce de la drogue. Witte, père et fils, montent dans le manège. Et se disent qu’établir un trafic de cocaïne entre l’Allemagne et le Pérou est le meilleur moyen de s’en sortir.
En 2003 Norbert Witte rentre à Berlin, officiellement pour redémarrer son activité de forain. Comme bagage, un manège plein de poudre. Il se fait prendre comme un bleu. Il n’a pas remarqué le policier qui avait infiltré son opération.
Lui et son fils sont arrêtés. Le premier à Berlin, le second à Lima. Le père écope de sept ans d’emprisonnement dans une prison ouverte. Le fils de vingt ans dans une des prisons les plus dures du Pérou.
Aujourd’hui libre, Norbert Witte ne regrette rien. Son histoire est devenue son fonds de commerce. Tous les dimanches, il organise des visites guidées de son parc abandonné. Malgré six crises cardiaques, il n’est toujours pas rangé des manèges.
Thomas Monnerais