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L’odeur d’urine est étouffante et la cage d’escalier intégralement taguée. C’est sûr, nous sommes bien au Tacheles. Au troisième étage, un faisceau de lumière au bout du couloir. Bruno di Martino nous attend dans son atelier.
Le Français, aux faux airs de Bob Sinclar, a investi « sa deuxième maison » depuis maintenant deux ans et demi. Alors, lorsque l’on évoque son éventuelle fermeture, la tension monte et le débit de parole s’accélère. « Pourquoi vouloir fermer un lieu aussi stratégique à Berlin ? Pourquoi ? Parce qu’ils veulent construire quelque chose pour faire du profit ! »

Assis au milieu de toiles et de sculptures incrustées de petites figurines, Bruno craint que l’immeuble ne soit un jour vidé de ses trente ateliers. Et de son âme. Il évoque des exemples en Europe, des squats, où « ça s’est déjà passé », et se mobilise pour que le Tacheles n’aie pas, un jour, à compléter la liste.
Bruno est plutôt pragmatique. Pour sauvegarder ce « lieu des possibles », les projets artistiques en commun, les « soirées jusqu’à 10-11 h du matin », l’artiste est de ceux qui seraient favorables à un compromis. En rendant l’entrée payante. Trois euros par exemple. « On en a déjà parlé entre nous. Mais à un moment, on se heurte à l’idéologie première du Tacheles. Et là c’est très compliqué. »
Un étage au-dessus, ce sont quelques notes de musique qui nous attirent dans l’univers relaxant de Sabia Khan. Un pan de tissu africain jonche le sol, prêt à se faire enduire de peinture au latex, de perles et de collages. « Je viens de méditer deux heures. C’est le moment » nous glisse la jeune femme souriante en combinaison orange.

L’abstraction des oeuvres exposées se retrouve dans le regard que Sabia porte sur la situation. Consciente de la menace, elle n’est cependant pas au clair sur les raisons. Et ne peut croire à la fin imminente de ce lieu dans lequel elle s’épanouit depuis quelques mois.
Selon elle, le Tacheles jouit d’une réputation en déclin. A cause des trafics qui s’y déroulent, de la fête, mais aussi des galeries qui « snobent » ce lieu, jugé comme « trop trash, pas assez chic ».
En attendant, elle assiste aux réunions tous les mardis à 16 h, avec les autres artistes et le bureau organisateur. Les pétitions s’accumulent et les soutiens se multiplient. Mais depuis un an, le mot d’ordre est toujours le même. « Wait and see ».
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Dossier réalisé par Anaïs Crouzet, Maéva Louis et Julie Urbach.