| Journal culturel expérimental sur Berlin par les journalistes étudiants de Bordeaux. └ Retour Netvibes ─── Les articles ┐ |
Canan fait partie de la petite vingtaine d’apprentis modistes formés chaque année en Allemagne. Elle façonne au fil de son imagination bérets et bibis dans le magasin « Chapeaux », près de Savignyplatz, un quartier plutôt fortuné. À 23 ans, la jeune femme hésite encore entre une carrière à Berlin ou à Istanbul, où elle a ses origines.
Ton look n’est-il pas décalé par rapport à la clientèle de la boutique ?
Il y a parfois quelques regards étonnés, mais en général ça ne dérange pas. Mon look, c’est aussi une manière de mettre en avant ma créativité. Je ne cherche pas à imiter qui que ce soit, je m’inspire du style des années 80 et des looks japonisants. Et puis nous avons certains clients avec un style extravagant, des vêtements originaux. Ce n’est pas très conformiste ici !
Comment crées-tu tes chapeaux ?
Sans faire de dessin, je commence à coudre, je suis mes idées et je m’approche de la forme finale comme ça, étape par étape. Si jamais ça ne colle pas, je reviens en arrière, je recommence… voire je laisse de côté pendant quelques temps. C’est un métier qui demande du talent et de la fantaisie. J’adore travailler le feutre, les voiles et les plumes. Il faut être créatif, tout en s’adaptant aux styles et aux envies des clients.
Comment as-tu eu envie de faire ce métier ?
Je me cousais déjà quelques vêtements, et un jour en me promenant dans Berlin, je suis tombée sur cette boutique de chapeaux. Et j’ai tout de suite su que c’était ce que je voulais faire. La patronne était d’accord pour me prendre en stage et elle m’a conseillé d’intégrer une école de stylisme. Mais il n’y en a pas à Berlin, donc j’ai dû aller à Hambourg pour suivre ma formation.
Quels sont tes projets pour l’avenir ?
J’aimerais avoir mon propre magasin. Peut-être à Berlin, mais je pense aussi à Istanbul. Je suis d’origine turque, une partie de ma famille y réside encore. Commercialement ça marcherait mieux qu’ici, les gens sont plus riches. C’est très différent de Berlin, c’est sûr, mais je crois vraiment que je pourrais m’installer là-bas et ouvrir une boutique pour mes propres créations. Et surtout vivre de ma passion.
Justement, comment décrirais-tu Berlin ?
C’est une ville pleine de traditions, de pays, de populations qui se rencontrent. C’est extrêmement varié ici, beaucoup plus que dans d’autres villes. Les Berlinois sont plutôt décontractés et très spontanés. Les jeunes suivent la mode, ils ont un certain sens de l’esthétique. J’aime les quartiers de Schöneberg, de Steglitz, assez bourgeois et où je suis née, et de Kreuzberg, qui est plutôt alternatif. Je sors rarement à l’est, à part Alexanderplatz. La scène branchée électro se trouve à l’est mais ici à l’ouest, c’est plus ouvert.
Marine Barros et Eve Majounie