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Des centres de rééducation sexuelle, la suppression de la police et de l’école, la fin du travail (sauf pour la fabrication de la bière et les cultures de drogue), la diffusion des troisièmes mi-temps à la place des matchs,… : le programme du Parti Pogo-Anarchiste Allemand (APPD) a de quoi surprendre. Des idées décalées, peut-être ridicules ? « Absolument » selon Christo Großmann, le vice-président de la section berlinoise. Un décalage assumé pour dénoncer l’absurdité de la politique actuelle.
La queue de cheval grisonnante, le costume kaki décoré d’un Bugs Bunny et d’un pin’s anarchiste, un T-shirt Lady Gaga, Großmann vit en décalage. « Nous sommes déglingués et fiers de l’être, clame-t-il. On fait véritablement partie du monde politique car nous sommes aussi ridicules que les autres. Les gens commencent pourtant à nous prendre au sérieux. Le cancer se propage dans le pays»
Ce que Großmann appelle le cancer, c’est l’étrange idéologie que les « parasites du parti » (les membres) tentent de propager. Une révolution comme l’homme n’en a jamais connu : dans un pays découpé en trois zones, le pouvoir serait confié aux parasites sociaux, les « pogo-anarchistes », des hédonistes adeptes de la paresse et de la débauche. Dans la deuxième zone vivraient les opposants au régime, des travailleurs indispensables, surtout pour la confection de la bière. Séparée des autres par un mur de plusieurs mètres de haut, la troisième serait un espace dédié aux amateurs de violences en tout genre. « C’est simple, nous testerons la population avec un questionnaire et la trentaine de membres de l’APPD choisira la destination de chacun selon les résultats ».
Großmann a attrapé ce cancer en 1983. « Je manifestais avec des punks pour défendre le chômage de masse et quelqu’un m’a remis un tract du mouvement. Je ne connaissais pas mais j’ai trouvé ça marrant. J’ai tout de suite adhéré même si au début, les actions se résumaient à boire et à faire la fête. Il suffisait de lire notre slogan pour s’en rendre compte » (« Liberté pour le lapin de Pâques », ndlr).
Un engagement sans faille
A la chute du Mur, l’APPD se disloque. A cause du bouleversement géopolitique ? Pas du tout, les membres n’étaient tout simplement plus motivés. Il rejoint alors le Mouvement Révolutionnaire et Patriotique de Kreuzberg, « un groupe plus orienté sur l’art ». Interdiction de griller une cigarette dans les rues à sens unique, plans pour empêcher le pollen de voler la nuit, changement régulier des noms de rues : les idées séduisent et le mouvement obtient 1,9% des voix aux élections de l’arrondissement en 1990. Ils décident cependant de ne pas conserver le siège obtenu. « A part voter pour la couleur jaune ou verte des nouveaux bancs publics, on ne servait à rien. Nous avons alors décidé de nous retirer avant la fin du mandat. »
L’APPD sort de son coma éthylique en 1994. Großmann retourne à ses premiers amours, prend du galon et se charge de la communication. Il engage le parti dans le jeu des élections. « Se présenter est contre l’idéal anarchiste, mais c’est la seule façon de faire parler de nous. Si les gens nous entendent, notre objectif est atteint. » 5,3% aux élections locales de Sankt Pauli, 35 000 voix aux Fédérales de 1998, les résultats ne sont pas si ridicules et font réagir la classe politique. Des moqueries qui laissent rapidement la place à de la méfiance lorsque le parti se présente en 2004 aux Européennes. Jugé obscène, leur spot de campagne est interdit. « Une honte pour l’Allemagne » sont les mots employés par Otto Schilly, le Ministre de l’Intérieur, lorsqu’il voit ce clip. Ils réussissent cependant à récolter les 500 signatures nécessaires pour se présenter mais elles n’arriveront jamais à temps dans la boîte aux lettres de Großmann. Fin de la partie.
Le clip de campagne pour les Européennes interdit en 2004
Même si la contagion idéologique a du mal à prendre, les troupes de l’APPD se satisfont de la portée de leurs actes. « Nous, on s’éclate en décryptant la politique avec un regard amusé et au final, il est impossible de savoir qui de nous ou des vrais politiciens est le plus décalé. » Aux Fédérales de 2009, le parti n’a pas pu s’aligner en Bavière. Pas assez sérieux pour les autorités. En signe de protestation, les membres du parti se sont réunis dans un bureau de vote pour contrôler le dépouillement. « Nous étions dans notre droit mais la police municipale a débarqué pour nous évacuer. Nous avons alors fait appel à la police fédérale. Ils sont venus à soixante et ont évacué la police municipale, c’était incroyable ! ».
Les médias n’ont pas fait l’écho de cette histoire, mais l’objectif du parti a été atteint et les politiques ridiculisés. Dans les prochains jours, l’APPD se penchera sur les problèmes posés par la puissance de la Chine et la faiblesse de l’euro. Le tout en enquillant les bières et en s’explosant les oreilles avec de la musique punk dans leur squat du centre berlinois. Et toujours dans un esprit pogo, bien sûr. « Le pogo, c’est une danse traditionnelle où on saute dans tous les sens. Notre position politique est à son image : on va dans tous les sens, sans réfléchir ». D’une façon idiote et heureuse, comme le proclame le slogan de l’APPD.
Texte et photo : Jérémy Marillier