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Depuis un an, voir des journalistes arpenter les couloirs du foyer pour SDF Reichtum 2 (« Richesse 2 ») est devenu chose courante. Après la rénovation de leur centre en décembre 2008, ses résidents se sont retrouvés sous le feu des projecteurs. Les travailleurs sociaux ont des airs de guides touristiques et ont acquis des réflexes dans la visite des lieux. Etape incontournable, la chambre de Heinz, un sexagénaire original qui passe ses journées à sculpter minutieusement de petits objets en bois. Habitué, le vieil homme ouvre sa chambre et laisse la visite se faire. « Encore des journalistes ! » blague-t-il avec Tania, éducatrice du foyer.
En 2008 le projet de restauration de l’artiste berlinoise Miriam Kilali a été assez spectaculaire pour que les médias s’intéressent au quotidien des sans-abri. Un quotidien en l’occurrence bouleversé : Miriam Kilali a eu l’idée de transformer un foyer alors gris et morne en une résidence de luxe. Cette initiative s’inscrit dans une série de réhabilitations similaires : Reichtum 1 à Moscou en 2006, Reichtum 2 à Berlin en 2008 et Reichtum 3 New York en 2010, l’artiste exporte son projet à l’envi. Son idée ? « Offrir aux plus démunis tous les signes extérieurs de la richesse pour leur conférer une valeur et leur témoigner du respect. » Choisi parmi les foyers ayant répondu à l’appel à candidature de l’artiste, ce centre du Sud Est de Berlin accueille 20 hommes alcooliques.

A première vue, la décoration, financée par Ikea, est un peu kitch : tapis rouges, monochromes encadrés d’or, lustres de verre, les clichés du luxe y sont, la qualité moins. Le foyer offre cependant tout le confort nécessaire à la mise en place d’un programme de réinsertion réussi. Les espaces sont vastes, un jardin accueille lapins, oiseaux et rongeurs pour occuper les habitants, l’ensemble est propre et aéré « contrairement à ce qu’était le foyer auparavant » précise Tania. Un environnement de travail bénéfique du point de vue des salariés.

Pour les résidents, le constat est plus nuancé. Selon Tania, « à la fois, c’est plus agréable de vivre dans un lieu moins sinistre, moins sombre que les foyers qu’on a l’habitude de voir, mais en même temps c’est difficile pour quelqu’un qui a vécu dans la rue de nombreuses années de se faire à ce genre de cadre. Pour certains, c’est trop. Mais ils comprennent le projet.» Après un temps d’adaptation qui peut aller jusqu’à quelques mois, les résidents s’acclimatent, mais restent sceptiques face aux lustres baroques. « S’ils avaient pu choisir, ils n’auraient certainement pas décoré la maison de cette manière.» avoue Tania.
Miriam Kilali voulait offrir un environnement luxueux à une population démunie. Un projet qui hésite entre bonnes intentions et maladresse.
Texte et photos : Maud Rieu et Julie Beckrich
En savoir plus : http://www.miriamkilali.com/