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Nouvelle étape de la tournée des anciennes brasseries berlinoises: Landsberger Allee 54. Devenue un squat d’artistes, l’ancienne Patzenhofer-Brauerei, avec sa façade couverte de tags et d’affiches multicolores, est aisément reconnaissable.

Difficilement joignable, Kenji, l’un des artistes résidents, est distant, peu amène et semble ennuyé de la visite: « Vous voulez parlez de moi ou du lieu ? Vous voulez prendre des photos, vous avez un magnétophone ? » demande-t-il méfiant. L’entretien s’annonce délicat et semble pouvoir être écourté à tout moment. Il refusera de donner son âge et sa nationalité. Une chose est sûre, il n’est pas berlinois d’origine. Finalement l’homme se laisse amadouer et accepte de montrer son atelier. Petit escalier de fortune, grandes planches en guise de portes, et sur le sol, divers objets non identifiés qui sont autant d’obstacles à franchir avant de pénétrer dans l’antre.
L’ancienne salle qui contenait d’immenses cuves a été totalement investie par Kenji. Il est là depuis un an et demi et explique qu’avec ses camarades artistes qui occupent les lieux, ils sont indésirables aux yeux de la mairie. Une association a même été montée pour organiser la résistance : LA 54.
« Cette brasserie représente un monde qui a disparu », lâche Kenji, sybillin. On se croirait dans un vieux Batman tendance Tim Burton. Sombre et onirique. La salle a été transformée en galerie sauvage : sous les cuves sciées qui laissent passer la lumière à travers des carreaux cassés, surgissent des statuettes figées, telles les gargouilles effrayantes d’une cathédrale post-apocalyptique. « Cet endroit est ouvert aux éléments: la pluie, le soleil, le vent… », poursuit l’artiste en s’asseyant dans un canapé défoncé.

« Le système de machinerie, d’industrialisation est partie en fumée. Mon travail est un peu comme ça. Je travaille avec des matériaux qui ne servent plus. Je suis un autodidacte, je crée sans avoir fait d’études particulières ou d’école d’art. J’utilise des symboles de différentes cultures. Ici je trouve qu’on ressent la fin de la production, la fin de la bière, la fin de la société en fait… Nous sommes en route vers un néo-féodalisme : des armées qui s’affrontent et des milliers de gens affamés. » « L’esprit de cet endroit et le genre de travail que j’accomplis sont étroitement liés », conclut Kenji en remettant une dread en place. Mais très vite la confession s’arrête. Une autorisation pour les photos donnée de mauvaise grâce et déjà Kenji a revêtu son bleu de travail. L’entretien est terminé. Il fut à l’image du locataire des lieux : halluciné.
Texte et photos : Simon Vidal
IjBA 2010