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Aujourd’hui, les “travailleurs invités” ont vieilli. Ils sont usés. Abîmés par des années de travail ouvrier. Pour Celal Altun, il y a urgence. Cet ancien responsable de la TGD (Association des Turcs en Allemagne) milite pour la prise en charge des personnes âgées. Il est le premier à avoir eu l’idée de créer une maison de retraite exclusivement réservée aux immigrés turcs.

Les femmes aussi ont leur passé ouvrier. 40% d’entre elles étaient dans l’industrie textile.
Comment est née votre implication dans la cause des Turcs?
Je suis arrivé à Berlin en 1967. J’avais huit ans. Mes parents étaient ouvriers. J’ai vite été frappé par les difficultés des Turcs à s’intégrer. Après avoir travaillé quarante ans dans le commerce, j’ai finalement décidé d’oeuvrer pour ma communauté. C’est pour cela qu’en 2003, je suis devenu repsonsable de l’association des Turcs en Allemagne (TGD). J’ai alors commencé par fonder une maison de retraite réservée aux Turcs, qui compte une centaine de membres actuellement. Dans la continuité, en 2007, j’ai créé un centre culturel pour permettre aux immigrés de se réunir autour d’activités diverses.
En quoi les besoins des Turcs âgés sont-ils différents de ceux des Allemands?
D’abord, parce qu’ils ont plus de problèmes de santé. Ils nécessitent une prise en charge médicale intense. Dans les années 60, les immigrés Turcs sont venus ici pour travailler en tant qu’ouvriers non qualifiés. A l’origine, ils voulaient juste gagner de l’argent et rentrer chez eux. Mais aujourd’hui, ils ont vieilli et sont toujours là. Leurs corps sont fatigués par des années de travail physique. La plupart était dans le bâtiment. Tous sont malades, ou presque. Sans parler de l’aspect psychologique. Ils sont isolés, se sentent souvent exclus. En fin de vie, il est donc nécessaire de les rassembler au sein de leur communauté.
Cela ne serait-il pas possible dans les institutions allemandes classiques?
Non, pour plusieurs raisons. Tout d’abord à cause de la barrière de la langue. C’est la plus importante. Il ne faut pas oublier que ces immigrés ne parlent pas allemand. Tout simplement parce qu’ils n’avaient pas prévu de rester.
Ensuite, il faut prendre en compte la barrière religieuse. Les Turcs qui vivent à Berlin sont très croyants, et très pratiquants. Cela a un impact à plusieurs niveaux. Ils ne mangent pas de porc, ne boivent pas de l’alcool, la majorité des femmes ne veulent pas être oscultées par des médecins hommes… Dans un tel contexte, comment pourraient-ils vivre dans les mêmes maisons de retraite que les Allemands? Ils ont besoin de leur propre espace de vie ici, dans leur deuxième pays.
Simgenur Gudeberk et Leïla-Mathilde Méchaouri
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