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Miel de Semih Kaplanoglu, l’histoire de retrouvailles entre un père et son fils avec la nature et la poésie en toiles de fond, a reçu en février l’Ours d’or lors de la 60e édition du Festival de Berlin. Cette récompense pour un cinéaste turc n’est pas une exception. Les films des réalisateurs turco-allemands sont de plus en plus reconnus. Ils raflent les prix des festivals de cinéma européens.
Sibel est une jeune fille turque indépendante qui aspire à une plus grande liberté. A l’hôpital elle rencontre Cahit, un punk alcoolique dépressif, après qu’il aient tous deux fait une tentative de suicide. Afin de se défaire de la pression familiale, Sibel convaint cet inconnu de l’épouser. Ce mariage blanc sera le point de départ d’une avalanche de sentiments amoureux, de déchirements et de violences. Le ton est donné. Voici la trame du film Head-On de Fatih Akin, récompensé par l’Ours d’or en 2004 au Festival de Berlin. Loin des clichés, Fatih Akin dépeint le destin de personnages forts, écartelés entre leur culture d’origine et l’Allemagne du XXIe siècle dans laquelle ils vivent.
Le jeune réalisateur est remarqué une première fois en 1998 avec son film l’Engrenage (Kurz und Schmerzlos). En 2007, son film De l’autre côté a reçu le prix du scénario au Festival de Cannes. Il est le plus connu de cette génération de réalisateurs et interprètes turco-allemands souvent récompensés au niveau international, notamment lors des Berlinales.
A l’image de Fatih Akin, de Semih Kaplanoglu ou de Mehmet Kurtulus, actrice devenue une star en Allemagne, ils ont entre trente et quarante ans. Généralement issus de la seconde génération d’immigrés dans les années 1960, ils sont installés à Berlin ou Hambourg. Défiant les ambitions parentales, ils ont fait le choix de faire du cinéma. Ils posent un regard personnel et décrivent avec leurs mots la société dans laquelle ils évoluent. Une société qui pousse au communautarisme. Une société où le faciès détermine le rôle à jouer. Ils ont fait le pari d’écrire et d’interpréter des rôles authentiques qui sortent des caricatures, comme celle du vendeur de döner kebab que l’on rencontre à tous les coins de rue de la capitale. Et c’est réussi. Ils offrent une vision différente de celle des Allemands sur les Turcs qui partagent leur quotidien. C’est certainement la clef de leur succès auprès du public européen. Leurs films sont criants de vérité mais aussi poétiques et enchanteurs. Et au-delà de leurs propres origines, ils parlent de l’immigration en général. Un premier film de Fatih Akin, Solino, traitait des relations entre deux frères qui ont quitté leur Italie natale pour s’installer en Allemagne. Le dernier né, Soul Kitchen, brosse le portrait d’un jeune Grec qui tente tant bien que mal de faire tourner son restaurant à Hambourg.
Toutefois, ces réalisations sont des hybrides. Trop allemandes pour les Turcs, ces derniers ne s’y retrouvent pas. Ces artistes ne sont d’ailleurs généralement pas reconnus en Turquie. Ces hommes de cinéma sont réellement de « nouveaux Allemands », tels qu’ils aiment à se définir.
Anaïs Crouzet
Siir Eloglu est une actrice turque installée en Allemagne depuis 44 ans. A 48 ans, avec plusieurs rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision, elle a un parcours bien rempli. Elle a également participé à l’écriture de scenarii, notamment l’Engrenage de Fatih Akin (1998). Pour elle, les réalisations cinématographiques germano-turques sont avant tout allemandes.
Anaïs Crouzet et Simgenur Gudeberk
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