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A la limite des quartiers de Kreuzberg et Neukölln, dans le Berlin Est, la brasserie Bock incarne la reconversion typique de ces larges bâtiments de briques ocres en pépinières d’entreprises.

Les bâtisses, rénovées, sont louées entre autres par un magasin de pianos, une agence de pub et Spohn, l’entreprise de négoce de vins européens. Le responsable du site, employé d’un grand promoteur immobilier à Berlin, illustre l’aspect « amical » de la « colocation foncière »: « le directeur de Spohn, un Français, organisait tous les ans jusqu’en 2000, la fête du Beaujolais nouveau, dans les caves de la brasserie… Es war über geil*! ». Car ces caves, aux odeurs prégnantes d’humus, sont, par leur fraîcheur, le lieu idéal de conservation pour les petits bijoux de Spohn où se croisent Château Neuf du Pape et grands crus de la Rioja.
Mais les sous-sols des brasseries est-berlinoises ont recouvert diverses fonctions au fil du temps.
Retour aux origines. La brasserie Bock, pionnière dans le nord de l’Allemagne quand la majorité des « lager » provenait de Bavière, émerge au milieu du XIXe siècle des mains d’un … Bavarois! Les caves suivent de peu les cheminées, qui servaient à refroidir les cuves où la levure travaillait. Véritable labyrinthe doté de voûtes hautes d’une dizaine de mètres, le souterrain de la brasserie Bock conservait les bouteilles, ensevelies dans le sable, à bonne température de dégustation, et ce jusqu’à la fin de l’été. Des blocs de glace issus de la Spree étaient empilés le long des parois. Cette pratique s’est perdue au fil des années mais l’humidité du lieu en témoigne.


C’est après la Première guerre mondiale que l’activité du site se diversifie alors qu’à la même époque la grande Schultheiss-Patzenhofer prend le contrôle de la brasserie. La Seconde Guerre, elle, détruira, une partie des bâtiments et signera l’arrêt de la production de la Bock. La diversification des activités apparaît alors essentielle pour la pérennité du site. Tour à tour ring pour compét’ de boxe ou estrade pour meetings politiques, les caves deviendront à la suite du Blocus de Berlin, dans les années 1950, bunkers ou entrepôts, selon. La brasserie Bock hébergera même les réserves de schnaps quand les Berlinois craignaient un nouveau blocus en 1949. Leurs stocks permettaient à la ville de subsister, en théorie, un mois complet, explique Hermann qui travaille depuis vingt ans chez Spohn. Histoire d’être sûr!
*: C’était méga cool! (NDLR)
Photos: Simon Vidal et Clément Beuselinck-Doussin
Texte: C.B.-D.
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