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Auguststrasse, artère centrale de la création berlinoise. Sur les murs, des graffs, sur le trottoir, la plus grande concentration de micro-galeries de la capitale. Et au numéro 68, le Kunstwerke. Galerie institutionnelle, elle est l’espace où se croisent les collectionneurs en visite à Berlin.
Auguststrasse, figure du paradoxe berlinois. La sur-représentation de l’alternatif, qui fait la griffe de la ville, l’empêche d’être une grande capitale culturelle. Parce que la municipalité est pauvre, les grosses structures ne proposent pas de collections majeures. Et parce qu’à Berlin on achète peu, les grandes galeries sont rares.
Depuis deux semaines, Auguststrasse réunit résolument tous les acteurs de l’offre berlinoise. Au numéro 69, la galerie Me Collectors Room vient de pousser. Et avec envergure. Inaugurée le 1er mai, la galerie privée du mécène allemand Thomas Olbricht est le chaînon manquant entre le KunstWerke du 68, et la Galerie Gerken du 49 (voir article La galerie d’art selon Tanja Gerken : http://berlinkulturlab.tumblr.com/post/613403273/la-galerie-dart-selon-tanja-gerken), entre l’institution et la micro-initiative. La Me Collectors Room permet dorénavant à Augustrasse de représenter toutes les strates de la production artistique. Et la galerie a des airs de Virgin Megastore. Ici, la réception de l’art passe aussi par la consommation.

A la Me, on entre par le bar. Suivent 1 300 m2 d’espaces d’exposition qui contrastent avec la superficie des galeries qui parsèment Auguststrasse. Le rez-de-chaussée s’offre à la « réflexion du visiteur », selon la brochure de présentation, entre le café lounge et le stand de produits dérivés.


Memento Mori, « souviens-toi que tu mourras » : ce n’est pas la prophétie que clame Olbricht par dessus l’épaule des mushrooms d’Augustrasse. Elle fait référence à sa collection, la WunderKammer, au premier étage. WunderKammer ? Cabinet de curiosité pour l’initié, musée des horreurs pour le profane : 150 reliques baroques, têtes de mort et crucifix. Du kitsch en plastique et des pièces de collection.

Au rez-de-chaussée un Klee, un Warhol, un Pierre et Gilles. Et la création contemporaine : Rachel Goodyear, Tomoko Nagai, Nicole Bianchet. L’espace est grandiose, les fauteuils se déplacent, les oeuvres jurent. Et les gens sont là. Surtout au bar.

Olivia Dehez