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Peter Schwoch habite l’immeuble délabré qui jouxte l’Eisfabrik et les Kühlhaüser, l’ancienne fabrique de glace et les anciens frigos collectifs laissés en ruines et menacés de destruction. Il a débuté seul un combat pour sauver ce qu’il estime appartenir au patrimoine industriel de la ville, et fédère aujourd’hui plusieurs dizaines de personnes. Le vendredi 7 mai, une manifestation a même réuni, selon lui, 150 à 200 personnes. Il nous reçoit en compagnie d’un voisin, Hervé, Breton installé à Berlin depuis seize ans, lui aussi opposé à la destruction des frigos, et inquiet face à la gentrification rampante du quartier et des rives de la Spree. Leur combat pour le bâtiment est aussi un combat pour leur conditions de logement et de vie.
Situés dans le quartier de Kreuzberg, dans l’ancienne partie Est, les Kühlhäuser tombent en ruine. Jusqu’en 1995 pourtant, des commerçants et particuliers y entreposaient encore toutes sortes de denrées. Le groupe immobilier public TLG, propriétaire du terrain, entend raser le bâtiment très prochainement. Le site est grillagé, gardé par des agents de sécurité qui veillent à ce qu’aucun intrus n’y pénètre. A peine le temps de franchir la clôture et de prendre quelques photos, ils interviennent et menacent d’appeler la police. Outre les fêtards qui tentent souvent d’investir les lieux, cette surveillance a aussi vocation à éloigner les opposants à la destruction du complexe.
Pour Peter, ce combat revêt aussi un caractère mémoriel et politique contre la spéculation immobilière et les destructions de bâtiments qui prolifèrent depuis la réunification. Ancien ouvrier dans une usine de machines-outils de RDA, il a connu quatre années de chômage avant de se former au métier de charpentier. S’il n’éprouve pas de nostalgie particulière pour le régime d’avant 1990, il vit néanmoins comme une insulte la violence faite aux symboles de l’Est. En marge de la discussion sur les Frigos, il fustige la destruction du Palais de la République de Berlin-Est, se rappelle comment les produits de l’Est ont disparu du jour au lendemain des supermarchés de son quartier. Sa lutte pour les Frigos relève en partie de cette critique du « rouleau compresseur » capitaliste.
Anthony Cerveaux et Matthieu Jarry